L'infosphère

Plus j'y passe de temps et plus j'ai du mal à cerner et à qualifier de manière générale la révolution qu'est Internet. Au fil de mes -trop peu nombreuses- lectures, je suis tombé sur une description tres métaphorique et magnifique. Voici donc un extrait des "Les Cantos d'Hyperion" (Science Fiction).


Extrait de "La chute d'Hyperion 2" (4ème volume de la série) de Dan Simmons (traduit de l'anglais par Guy Abadia) chez Pocket.

L'époque: le futur.
Le personnage: Brawne Lamia, une jeune femme qui a perdu son corps et rejoint son amant dans l'infoplan, sorte de monde (réseau) parallele...


Chapitre 33

L'analogue de Brawnie Lamia dans l'infoplan et la personalité récupérée de celui qui fut son amant heurtent la surface de la mégasphère tels deux plongeurs qui, du haut d'une falaise, descendent frapper la surface d'un océan turbulent. Cela provoque un choc quasi électrique, comme le passage à travers une membrane dotée de résistivité, et ils se retrouvent à l'intérieur. Les étoiles ont disparu. Les yeux de Brawne s'élargissent tandis qu'elle contemple un paysage de données infiniment plus complexe que celui de n'importe quelle infosphère.
Les infosphères où des opérateurs humains ont pu faire des incursions sont souvent comparées à des cités informatiques complexes, avec leurs hautes tours de données corporatives ou gouvernementales, leurs autoroutes de communications, leurs avenues interactives, leurs galeries de métro d'échanges privilégiés, leurs murs d'enceinte hérissés de microphages d'un flot et contre-flot de transmissions caractéristiques d'une grande ville.
Ici, il y a plus, et bien plus.
Les équivalents habituels de l'infosphère urbaine sont présents, mais en réduction, aussi réduits par l'immensité de la mégasphère qu'une véritable cité le serait sur une planète observée à partir d'un vaisseau en orbite.
La mégasphère, du point de vue de Brawne, est tout aussi vivante et interactive que la biosphère de n'importe quel monde de classe 5. Les forêts gris-vert d'arbres à informations y prospèrent et lancent sous ses yeux des branches, des racines et des borgeons nouveaux. Au pied de la forêt proprement dite fleurissent des microécologies entières de flux de données et d'IA secondaires qui éclosent et meurent selon les besoins. Au-dessous du niveau fluctuant du sol de cette matrice proprement dite grouille toute une vie de taupes informatiques, de vers de communications, de bactéries programmatrices, de racines de données et de graines de " boucles étranges ". Dans les régions supérieures, là où s'épaississent les branches et les ramifications interactives des données factuelles, les équivalents des prédateurs et des proies de la forêt se livrent à un mystérieux ballet d'agressions et de fuites, franchissant parfois d'un bond les énormes distances qui séparent les synapses d'une branche des neurones d'une feuille.
Aussi rapidement que le permettent les métaphores qui donnent un sens à ce qu'elle voit, Brawne contemple les images qui défilent et qui ne laissent derrière elles que l'écrasante réalité analogique de la mégasphère, vaste océan intérieur de bruits, de lumières et de connexions étoilées mêlées aux tourbillons des courants de conscience des IA et aux puissants trous noirs des liaions mégatrans...


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